La lettre de Léosthène, le 30 juillet 2014 n° 955/2014
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Tables analytiques du n° 927 au n° 955/2014 (du 23 avril au 30 juillet 2014)
n° 927/2014, le 23 avril 2014, Questions sur la pertinence de l’OTAN
« A quoi sert l’OTAN ? » se demandait en janvier dernier, devant la commission ad hoc du Sénat, M. Philippe Errera, ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. « Il existe presque autant de réponses à cette question que de pays alliés ». Parce que l’organisation, qui vient de fêter son 65e anniversaire se cherche une raison d’être. « A l’origine l’OTAN a été créée comme un organisme militaire pour faire face à la menace soviétique ». Aujourd’hui ? La crise actuelle montre que ni le format de l’OTAN, ni la grille de lecture de la crise qui diffère profondément entre les alliés ne permettent à l’Organisation une réponse crédible au mouvement russe en Crimée.n° 928/2014, le 26 avril 2014, Chine, Russie et révolutions de couleur
Quelle est, en réalité, la position chinoise devant la « révolution » ukrainienne ? Si l’on est attentif, la Chine n’est pas silencieuse. « Le ministre chinois de la sécurité publique, Guo Shengkun a déclaré, lors d’une rencontre des secrétaires du Conseil de sécurité de l’Organisation de Shanghai (OCS) qui s’est tenue jeudi à Douchanbé que les membres de l’Organisation sont sous la menace de forces extérieures, qui cherchent à initier des “révolutions orange” ». S’exprimant le 17 avril depuis la capitale du Tadjikistan, le ministre, qui « a noté que ces forces étrangères tentaient de provoquer une nouvelle vague de révolutions de couleur en utilisant des problèmes et difficultés socio-économiques » a précisé : « Voilà qui représente une menace sérieuse à la souveraineté et à la sécurité des pays de la région, une préoccupation commune aux Etats membres de l’OSC ». Analyse.
n° 929/2014, le 30 avril 2014, La Russie et la France par temps d’incertitudes
« La solidarité occidentale face à l’agression russe en Ukraine commence à se fissurer », constate Yves-Michel Riols dans le Monde daté du 28 avril. Rare constat de la nécessité de reprendre, avec la Russie, des relations qui permettent un dialogue. Mais que pense, hors vacarme médiatique, la Russie, précisément de ses relations avec la France dans les circonstances de tension que nous vivons ? Le discours de l’ambassadeur de Russie en France, S. E. M. Alexandre Orlov, donné dans le cadre du deuxième colloque franco-russe organisé le 24 avril 2014 à l’Assemblée nationale, offre des éléments de réponse. Nous donnons le mot à mot de son discours (oral, en français), transcrit par nos soins (traduction non officielle).
n° 930/2014, le 3 mai 2014, Angela Merkel à Washington, trop tard ?
La chancelière allemande Angela Merkel a pris soin de téléphoner à Vladimir Poutine jeudi 1er mai avant de se rendre à Washington, pour la première fois depuis l’affaire de l’espionnage de son téléphone mobile par la NSA. En effet, écrit le professeur émérite de l’université de Princeton, Stephen Cohen, « la chancelière allemande a la confiance de Vladimir Poutine ». Et, ajoute-t-il, « Angela Merkel a un rôle crucial à jouer. Elle peut faire comprendre à la Maison-Blanche que pour stabiliser la situation, il faut retourner aux termes des propositions russes du 17 mars visant à fédéraliser l’Ukraine et de l’accord de Genève du 17 avril. Il paraît aussi essentiel que Barack Obama et son hôte s’accordent pour garantir à Moscou que le futur gouvernement ukrainien restera neutre, promettra de ne pas adhérer à l’OTAN ». Au moment même où les batailles de rue à Odessa se sont achevées par un drame, n’est-il pas trop tard ?n° 931/2014, le 7 mai 2014, Les européennes en France : une étrange campagne
Etrange ? On pourrait la dire masquée, ou encore la définir comme une campagne d’évitement. Amandine Crespy, chercheur spécialiste des questions européennes à l’Université libre de Bruxelles, interrogée par la chaîne télévisées du Sénat, relève « qu’un certain nombre de questions son taboues » – et pas seulement en France. Non pas que leur futur n’intéresse pas les Français ou les autres Européens – assertion absurde. Mais les questions taboues ne sont évoquées que par les partis mécontents de la construction européenne telle qu’elle est, qui seuls évoquent la question de l’architecture européenne pour le futur, celle du tournant néolibéral pris dans les années 1990. Or les taux de participation aux élections sont en déclin constant. Questions.
n° 932/2014, le 10 mai 2014, Sondage : le futur incertain de l’UE
« La majorité des citoyens de douze pays de l’Union ne sont pas intéressés par les élections européennes à venir » titre l’institut Ipsos-MORI en publiant sa dernière vague de sondage début mai. « Le niveau de connaissance des leaders européens est également très bas, avec trois exceptions notables : Merkel, Cameron et Hollande ». En effet : à quinze jours des élections qui se tiendront du 22 au 25 mai dans les différents pays de l’UE, six électeurs sur dix (62%) déclarent qu’ils ne sont pas intéressés par un scrutin qui doit envoyer 766 députés au parlement européen. Le sondage a été mené auprès de 9000 personnes du 1er au 25 avril en Allemagne, Belgique, Croatie, Espagne, France, Grande Bretagne, Hongrie, Irlande, Italie, Pays-Bas, Pologne, Suède. Le futur de l’UE est tout d’incertitude.
n° 933/2014, le 14 mai 2014, Azerbaïdjan : la diplomatie de François Hollande
François Hollande est arrivé à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, dimanche 11 mai, première étape d’une tournée de trois jours dans le Caucase du Sud – autant dire sur le flanc sud de la Russie – avec l’Arménie lundi 12 mai et la Géorgie mardi 13 mai. La France souhaite à la fois renforcer ses échanges avec les trois pays et œuvrer à un rapprochement avec l’Union européenne – rien d’anodin donc dans le contexte du conflit en cours autour de l’Ukraine. Que demande la Russie aujourd’hui ? Etre respectée en tant que puissance, dans un monde multipolaire – discours inchangé de Poutine à Medvedev, repris à nouveau par Poutine redevenu président. Que va chercher François Hollande sur le flanc sud de la Russie ? Parle-t-il au nom du pays qu’il préside, de l’Union européenne (et avec quel mandat ?) ou en tant que membre allié des Etats-Unis dans l’OTAN ? Analyse.
n° 934/2014, le 17 mai 2014, L’Argentine dans les BRICS ? Peut-être.
« Les cinq pays composant les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui rassemblent plus de 40 % de la population mondiale et un quart du PIB de la planète, seront-ils bientôt six ? C’est tout à fait possible, si l’on en croît l’ambassadeur indien à Buenos Aires Amarenda Khatua. “Il existe un consensus croissant pour que l’Argentine rejoigne ce groupe d’économies émergentes”, a en effet expliqué le diplomate sur la chaîne de télévision Telesur ». L’Argentine fera-t-elle partie des BRICS ? Peut-être. Les enjeux sont bien politiques, les BRICS souhaitant s’affermir contre la domination occidentale. Mais la réalité de la situation économique, qui voit ses membres affectés par la mauvaise santé économique du monde, appelle à la prudence.
n° 935/2014, le 21 mai 2014, Européennes : l’appel musclé d’Helmut Schmidt
« Quelle devrait être la priorité du nouveau Parlement au lendemain des élections du 25 mai ? Je l’ai déjà dit il y a plusieurs années : un coup d’État contre la Commission européenne, désormais composée de 28 commissaires et de milliers de bureaucrates. Même si les députés obtiennent maintenant de nouveaux pouvoirs, le Parlement a besoin de nettement plus de pouvoir par rapport à la bureaucratie bruxelloise de l’UE. Seule une rébellion du parlement peut y parvenir ». Non, il ne s’agit pas du vœu pieu d’un groupuscule extrémiste mal pensant. Mais la réponse de l’ancien chancelier social démocrate allemand Helmut Schmidt (1974 1982), âgé de 95 ans, au quotidien Bild, plus fort tirage de la presse allemande dite populaire. Décryptage.
n° 936/2014, le 24 mai 2014, Chine Russie, le contrat du siècle et plus
« Il y a eu quelque inquiétude (le 20 mai) quand, après le premier jour de la visite de Poutine en Chine, les deux pays n’avaient pas annoncé l’aboutissement si longtemps attendu du “saint Graal” gazier, et des craintes que le contrat n’ait achoppé sur la négociation des prix. Il n’en était rien : le Gazprom russe et le CNPC chinois ont annoncé qu’après dix ans de négociations, les deux nations ont signé un contrat d’environ 400 milliards de dollars ». Les bloggeurs de Wall Street, qui écrivent sous le nom de Tyler Durden, ne pouvaient pas manquer de saluer un mouvement dont ils avaient prévu les dépendances, nous le notions ici en mars dernier : « Bingo. Et maintenant, ajoutez le choix du rouble ou du renminbi (yuan) pour le commerce bilatéral, voire l’or, ajoutez l’expansion des échanges avec l’Iran, l’Irak, l’Inde et bientôt les Séoudiens (…) et dite au revoir au pétrodollar ». Y aurait-il en cours l’apparition de nouveaux « blocs » opposant « l’Est » à « l’Ouest » ?
n° 937/2014, le 28 mai 2014, Armées : menaces de démissions
Que les quatre chefs d’état-major des armées françaises (Terre, Mer, Air, Armées) menacent de démissionner est de l’inédit. Ils sont appuyés par une vingtaine d’officiers généraux. L’affaire, révélée par le Canard enchaîné puis relayée par le Figaro annoncerait, si les coupes budgétaires évoquées par le ministère des Finances étaient avérées, la dégradation de l’outil militaire français. Jean-Yves le Drian, ministre de la Défense, puis Manuel Valls, le premier ministres, sont tous deux intervenus pour « tourner la page de ces débats, de ces rumeurs ». Mais, ambiguïté à nouveau, François Hollande ne s’exprimera que dans les prochaines semaines. Les Français sont en majorité attachés à leurs armées. Mais ils en connaissent mal les difficultés : par essence, l’armée est silencieuse. Ainsi s’explique le mouvement de ses chefs auxquels il appartient de sonner l’alarme.
n° 938/2014, le 31 mai 2014, L’air rare des conférences Bilderberg
« La 62ème rencontre de Bilderberg se tiendra du 29 mai au 1er juin 2014 à Copenhague, Danemark. Un total de 140 participants de 22 pays a confirmé sa participation. Comme il est d’usage, un groupe varié de dirigeants politiques et d’experts de l’industrie, des finances, de l’université et des médias a été invité ». Le communiqué de presse des Bilderberg Meetings est disponible sur leur site. Les échanges d’idées sont certainement importants entre partenaires qui estiment sans aucune gêne appartenir à un club en tant que caste privilégiée par le pouvoir et/ou la fortune. Mais, lorsque le club de Bilderberg se rassemble, écoutilles fermées, qui y représente les idées, les ambitions, les volontés de ceux qui n’appartiennent pas au cercle du pouvoir et de la fortune ? Réflexion.
n° 939/2014, le 4 juin 2014, Le 6 juin 1944, une célébration collective
« Le 6 juin, dix-huit chefs d’État ou de gouvernement fouleront la terre normande. La photo de famille devant le château de Bénouville réunira notamment Barack Obama, Vladimir Poutine, la reine Elizabeth, celle du Danemark, les rois belge, néerlandais et norvégien, le grand-duc du Luxembourg et Angela Merkel autour de François Hollande » écrit Marie-Amélie Lombard pour le Figaro. A l’aune des pertes, l’effort de guerre des alliés contre le nazisme a été collectif : des Britanniques, d’abord, qui ont tenu, seuls, – populations bombardées et armée – aux Russes (21 millions de morts) : « Les gonds du destin ont tourné » dira Churchill après Stalingrad. Et à tous les autres. Les Américains ont perdu 300 000 militaires. La France, 600 000 morts. Pour les puissances de l’Axe, l’Allemagne a compté 7 millions de morts dont 4 millions de militaires, le Japon 4 millions dont 2,7 millions de militaires, l’Italie 400 000 morts dont 300 000 militaires. Rappel.
n° 940/2014, le 7 juin 2014, Derrière la réforme territoriale, un dessein
L’effet de l’annonce du président de la République, « Réformer les territoires pour réformer la France », publiée le 2 juin, a été perturbé par l’incroyable bourde du communiqué de presse quant au nombre final des régions redécoupées : « Pour les renforcer, je propose donc de ramener leur nombre de 22 à XXX » disait le texte donné à la presse. Au-delà de couacs et des mots, quelle est la motivation réelle du président ? Les régions « seront de taille européenne capables de bâtir des stratégies territoriales ». En effet, « la réforme territoriale française s’inscrit en tout cas dans une tendance européenne. Selon une étude de l’institut Thomas More, les régions sont « le cadre de référence » de l’organisation du territoire dans les 12 États membres étudiés ». Y aurait-il une volonté de « mue fédérale » en arrière-pensée ?
n° 941/2014, le 11 juin 2014, BNP Paribas, les pratiques extraterritoriales américaines
Chacun connaît depuis le 29 mai dernier et l’annonce par le Wall Street Journal le montant de « l’amende », plus de 10 milliards de dollars, qui menace la banque française BNP Paribas, prétention du procureur général des Etats-Unis Eric Holder pour ce qu’il estime être une violation, de 2002 à 2009, de l’embargo décidé par les Etats-Unis contre Cuba, l’Iran et le Soudan. Extraordinaire accusation : « Ces transactions étaient légales en Suisse, en Europe et dans les trois pays concernés. Mais elles ont été compensées à un moment donné sur le territoire américain, ce qui les rend délictueuses du point de vue américain, les Etats-Unis imposant des sanctions à ces trois Etats. Des transactions en euros, en revanche, n’auraient pas pu donner lieu à des sanctions américaines ». Réflexion sur les pratiques extraterritoriales américaines, exorbitantes du droit international.
n° 942/2014, le 14 juin 2014, Perte de contrôle, Irak et au-delà…
Léosthène est né en février 2004, sur un terreau d’inquiétude, un an après l’attaque de l’Irak par les Etats-Unis et leur allié britannique, le 20 mars 2003, sans mandat de l’ONU et sur un énorme mensonge – la présence « d’armes de destruction massive » détenues par Saddam Hussein et – qui s’en souvient ? – sa « quatrième armée du monde ». Or, dit un proverbe anglais, les vieux péchés ont de longues ombres. Selon Reuters, « le président Barack Obama a menacé, jeudi, de frappes militaires en Irak les militants islamistes sunnites, qui, venus du nord, menacent Bagdad et veulent établir leur propre Etat en Irak et en Syrie ». Sans oublier, continue Reuters, « que des forces kurdes irakiennes ont pris avantage du chaos pour prendre le contrôle du pôle pétrolier de Kirkouk…». Vieux rêve de George Bush, l’Irak se casse en morceaux. Mais qui contrôle quoi ?
n° 943/2014, le 18 juin 2014, Etats-Unis ou Russie, le pendule allemand
Berlin a besoin de relations avec Moscou comme avec Washington. Mais la chancelière Angela Merkel est-elle capable de stabiliser le pendule de ses relations entre les Etats-Unis et la Russie ? « Bien qu’ils se soient fait assez brutalement ”moucher” par Poutine avec le rattachement de la Crimée, les Américains ont une autre crainte, plus profonde, celle de voir l’Allemagne s’émanciper complètement de leur sphère d’influence. Si vous lisez Le grand échiquier de Brzezinski, œuvre majeure pour comprendre la diplomatie actuelle, vous comprendrez que la puissance américaine d’après-guerre repose sur le contrôle des deux plus grands pôles industriels de l’Eurasie : le Japon et l’Allemagne. La crise économique nous a montré que la Maison Blanche n’a pas su contraindre Berlin à abandonner les politiques d’austérités, de changer la politique monétaire de l’euro et plus largement de prendre part aux dispositifs de relance mondiale ». Ainsi, conclut Emmanuel Todd avec sa liberté de ton coutumière, « l’inavouable vérité est qu’aujourd’hui les Etats-Unis ont perdu le contrôle de l’Allemagne (…) ». Vraiment ?
n° 944/2014, le 21 juin 2014, Nominations dans l’UE : la mêlée est confuse
« Il semble qu’une majorité soit d’accord sur une chose : l’Europe a besoin d’une réforme », écrivait notre confrère EUObserver le 19 juin en décrivant les affrontements en cours autour du nom du prochain président de la Commission – celui de Jean-Claude Juncker, politique professionnel insubmersible, pour l’heure. « Quelle réforme est nécessaire n’est pas encore très clair. Mais l’essentiel est de montrer que l’UE réagit au vote du mois de mai ». En effet, il y a les électeurs, hélas. « Le débat sur la “réforme” s’est jusqu’ici entièrement fixé sur Juncker et la Commission européenne » – Juncker, « qui est devenu le point focal d’un débat tapageur autour de cette réforme – doit elle être mise en œuvre, et d’ailleurs l’UE a-t-elle quelque appétit pour un changement ? La Grande Bretagne, la plus bruyante, soutient que nommer Juncker signifierait que tout continuerait tout simplement comme d’habitude ». Le changement ? Pas maintenant.
n° 945/2014, le 24 juin 2014, Afrique : l’armée au four et au moulin
« Comme à la fin des années 1970, époque du repli américain post vietnamien et de la multiplication des menaces, la France se retrouve en première ligne en Afrique » écrivait le 22 mai denier le colonel (troupes de marine) et écrivain militaire Michel Goya, en constatant « l’extension du domaine de la lutte » où nos armées sont engagées dans une guerre « devenue avouée et visible » avec l’opération Serval. En effet. « Imaginez, du Cap Finistère à Odessa, de Copenhague à Munich : c’est cela, notre zone d’action ». Seuls ? « Une chose à garder en tête : tant que les forces internationales attendues ne sont pas déployées, nous restons le seul rempart contre le chaos ». Au four et au moulin donc avec une réduction continue des moyens budgétaires et des effectifs (60% des suppressions d’emplois de l’Etat ont affecté le ministère de la Défense en 2014). Au four et au moulin, avec des « capacités sous tension » et avec quel objectif ?
n° 946/2014, le 28 juin 2014, Gazprom lâche le dollar – mais pas pour l’euro
« Il y a un peu plus d’un mois, quand la Russie a annoncé la signature d’un accord énergétique avec la Chine, Saint Graal longtemps espéré, certains ont été déçus : en dépit de ce que cet accord symbolique signifiait – briser l’emprise du pétrodollar sur le reste du monde, ni la Russie si la Chine n’avaient annoncé que les paiements seraient effectués en une autre monnaie que le dollar ». Or le 26 juin, l’agence russe Ria Novosti, confirmée par le Financial Times, rapportait : « Gazprom est prêt à utiliser le rouble ou le yuan dans les échanges avec la Chine, et ne voit pas de risques à une telle pratique, a déclaré jeudi le vice-président du géant gazier russe Andreï Krouglov ». Un pari. Laissons ici se mettre en place – ou pas – ce nouveau basculement annoncé. L’essentiel est géopolitique et grave pour l’UE : en 1999 puis en 2003, c’est à l’Union européenne, c’est à l’euro que Vladimir Poutine pensait – lui et d’autres pays de l’OPEP. Dix ans après, l’UE a disparu du paysage.
n° 947/2014, le 2 juillet 2014, Spéculations sur la grande aventure américaine
« Il ne manque pas de spéculatifs qui portant leurs vues au-delà du possible voudraient faire envisager l’Amérique comme une puissance redoutable, un jour, même, à ses bienfaiteurs. Que par une succession progressive de temps, elle puisse devenir assez considérable, c’est ce dont on ne disconviendra pas ; mais qu’elle puisse devenir formidable c’est une terreur contre laquelle on se prémunira, si on fait attention à la forme de constitution qu’elle s’est donnée (…). Une dernière considération est qu’il se passera encore bien des années pour ne pas dire des siècles avant que les nouveaux Angleterriens aient mis en valeur tous les terrains qui leur restent à défricher (…) ». La réflexion est du ministre des Affaires étrangères de Louis XVI, le comte de Vergennes. Elle date du 23 juillet 1777, un an après la déclaration d’indépendance des treize colonies britanniques d’Amérique du Nord, le 4 juillet 1776, il y a 238 ans. Qu’est devenue, depuis, la grande aventure américaine ?
n° 948/2014, le 5 juillet 2014, Traité transatlantique : le contre timide des parlements nationaux
Le Traité transatlantique (TTIP) se négocie en toute opacité. Et les rondes de négociations se sont succédées, la quatrième du 10 au 14 mars 2014, la cinquième en mai, la sixième prévue courant juillet. Or, curieusement ignorés de la presse, le 25 juin dernier, 16 des 28 parlements nationaux des pays membres de l’UE engagent une démarche envers le commissaire européen au Commerce, le belge Karel de Gucht : leur lettre est en ligne. Ils posent la question de la compétence de la Commission européenne, négociatrice exclusive, quand, écrivent-ils, les accords « concernent des domaines qui relèvent des Etats membres » (accords mixtes). Le « contre » poli de quelques-uns des parlements nationaux est-il cosmétique ? Où sont d’ailleurs l’Italie, l’Espagne, la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, et les autres des seize pays absents ? Précisions.
n° 949/2014, le 9 juillet 2014, La Russie et la paix, perspective
Comme chaque année, Vladimir Poutine s’est livré, le 1er juillet dernier, à un exercice de prospective devant les ambassadeurs de la Fédération de Russie. Successeur de Boris Ieltsine (16 août 1999), il est, comme président ou premier ministre (2008-2012, en tandem avec Dimitri Medvedev), au pouvoir depuis presque quinze ans, toujours occupé, si l’on suit ses déclarations successives, ce que nous faisons ici, de la même idée de la Russie : une puissance apaisée, sécurisée, forte de son peuple, acteur du monde, qui puisse continuer d’émerger après lui. A cet égard, ses interventions sont répétitives. Il sait ce qu’il veut : « Par-delà tout le reste, la Russie a été, est et sera une puissance européenne majeure » (juillet 2005). Quelle question se pose aujourd’hui à Vladimir Poutine ? De savoir s’il peut encore « cultiver son jardin » comme il l’entend. Rappel des interventions précédentes et analyse.
n° 950/2014, le 12 juillet 2014, Le Japon s’autonomise et muscle sa défense
Toute la région en parle : le Japon de M. Shinzo Abe modifie sa constitution pacifiste. C’est à l’occasion du soixantième anniversaire des forces d’autodéfense de son pays, crées en 1954 (3% du PIB, cinquième budget mondial) que le premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé la révision du statut de son armée, encadrée depuis 1947 par une constitution pacifiste précisant que le Japon, « aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux ». Pourquoi cette décision ? Parce que le Japon n’a aucune assurance de l’engagement total des Etats-Unis à ses côté en cas d’agression – du voisin chinois, par exemple. Le mouvement est logique. Mais la personnalité de « faucon » du premier ministre et sa ligne dure (îles Senkaku mais aussi îles Kouriles disputées aux Russes) posent question.
n° 951/2014, le 16 juillet 2014, Les injonctions contraignantes de la Banque centrale européenne
« Au moment où un grand nombre d’électeurs et de dirigeants politiques se plaignent de ce qu’ils considèrent comme la prédominance du pouvoir de l’Union européenne, M. Draghi appelle, dans un discours prononcé mercredi à Londres, à accroître l’intégration plutôt que l’amoindrir ». Le même jour, un membre du directoire de la Banque, Benoît Coeuré, qui parlait depuis Athènes, développait le même message : les pays membres de l’UE « devraient transférer une partie de leur responsabilité de la dépense publique à une autorité européenne, dans le cadre de ce qu’il a défini comme un nouveau contrat social ». Seul Jack Ewin relève, dans le New York Times, l’importance de l’offensive menée par la Banque centrale européenne pour « plus d’intégration » contre la volonté exprimée par des Européens et leurs dirigeants élus. Analyse.
n° 952/2014, le 19 juillet 2014, A leur 6ème sommet, le poids étonnant des BRICS
Le  6ème sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) tenu à Fortaleza (région du Nordeste, Brésil) le 15 juillet dernier était attendu : y prendrait-on des mesurettes cosmétiques ? Y parviendrait-on à des accords pérennes quand les intérêts ne sont pas toujours convergents entre des pays qui peuvent être concurrents ? Ces accords seraient-ils clairement dirigés contre les instruments de la domination mondiale américaine, Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale ? Une solution serait-elle trouvée pour mettre un terme à la suprématie du dollar ? Quelques réponses.
n° 953/2014, le 23 juillet 2014, Nucléaire iranien : un prolongation éloquente
« Prolonger les négociations sur le nucléaire iranien est-il utile, alors que cinq mois d’intenses tractations entre Téhéran et grandes puissances n’ont pas abouti ? » (1). De fait, la nouvelle fait peu de bruit dans la presse. L’agence France Presse (AFP) cependant, reprise par la Libre Belgique, rapporte quelques réactions « d’observateurs » à l’annonce de la prolongation des discussions jusqu’au 24 novembre prochain – prolongation convenue d’un commun accord, au-delà de la date butoir du 20 juillet. MK Bhadrakumar, ancien ambassadeur indien, qui s’exprimait le 20 juillet sur son blog en grand connaisseur de l’Iran ouvre une perspective intéressante. Et si l’Iran, qui étudie plusieurs options, laissait la porte ouverte à Moscou ? « Simplement en étant un ami sincère et un partenaire stratégique de l’Iran au moment même où les pourparlers Etats-Unis Iran sont finalement suspendus » ? Perspectives.
n° 954/2014, le 26 juillet 2014, Mistral : la position inconfortable de Londres
« La France maintient la livraison d’une première frégate cet automne à la Russie et demande au Royaume-Uni de balayer devant sa porte », écrit, pour le quotidien helvétique Le Temps, Ram Etwareea dans l’éditorial qu’il signe le 24 juillet. « De quoi s’agit-il exactement ? En 2011, le gouvernement français, alors sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avait signé un contrat pour la livraison de deux frégates », qui sont des porte-hélicoptères de type Mistral. « Paris a fait le choix d’assumer la commande, d’autant plus qu’aucune décision n’a été prise, ni par les Nations unies, ni par l’Union européenne, pour imposer un embargo sur les échanges commerciaux avec la Russie. Le Royaume-Uni, membre des deux institutions, le sait, mais insiste auprès de la France pour annuler le contrat ». On sait toutefois qu’en réalité les Britanniques protègent leurs intérêts propres (la City, asile d’oligarques russes et leurs ventes d’armes à la Russie). « Faux débat entre faux-culs » ?
n° 955/2014, le 30 juillet 2014, Tables analytiques du n° 927 au n° 955/2014 (du 23 avril au 30 juillet 2014)