La Lettre de Léosthène

Analyse Géopolitique

Partis politiques : une mise à nu cruelle

Posted on 5 décembre 2015

Il est certainement trop tôt pour mesurer l’étendue de ce qui se passe en France, mais la lassitude du politique régulièrement exprimée par les Français dans les études du CEVIPOF depuis 2010 – la dernière parue en janvier 2015 (1), leur défiance envers les partis politiques (9% seulement des sondés leur faisait plutôt confiance en décembre 2014, voir p. 27 du document) se sont nettement traduits dans les urnes (2). Ceux que la politique intéresse (ils n’étaient que 58%, voir p. 26) le disaient déjà nettement : la démocratie ne fonctionne pas très bien en France, ils étaient 73% à le penser (contre 48% en décembre 2009, voir p. 25). Les Français sont « attachés au principe de la démocratie, mais insatisfaits vis-à-vis de son fonctionnement », analysait alors Bruno Cautrès (3). Et pour se forger une opinion ? Eh bien ils ne font pas confiance aux médias : 75% des sondés n’ont « plutôt pas confiance ou pas confiance du tout » en eux – 1% seulement, pas d’erreur de frappe, 1% tout à fait confiance (voir p. 27). Pas plus d’ailleurs que 96% d’entre eux ne considèrent comme efficaces les discussions sur les blogs ou forums d’internet, un chiffre que devraient considérer les médias avides des opinions exprimées sur Twitter et autres Facebook…

En Asie aussi, un terreau propice au désordre

Posted on 2 décembre 2015

« Les grands sommets routiniers de l’Asie sont confrontés au retour du tragique » constate le sinologue François Danjou en évoquant le climat des sommets de l’APC (Asia Pacific economic cooperation) les 18 et 19 novembre, de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-est) et des pays de l’Asie de l’Est (21 novembre). En effet, « une longue et très violente série d’attentats, toujours perpétrés contre des cibles civiles, vient de secouer la planète », qui ont fait pour les mois d’octobre et de novembre 2015 plus de 1300 morts de par les actions des « différentes mouvances terroristes dont les plus meurtrières sont Boko Haram et l’Etat islamique. Les pays les plus touchés ont été le Nigeria (226 morts), la Russie (224 dans l’explosion en vol de l’A 321 au décollage de Sharm el Scheik), l’Egypte (224 morts), la France (130 morts), la Turquie (122 morts), l’Irak (102 morts), le Liban (43 morts), le Tchad (41 morts). Des attentats ont également eu lieu aux Philippines, au Bangladesh, au Pakistan, en Australie, en Arabie Séoudite, en Tunisie, au Mali, au Niger, au Cameroun et au Yémen » (1).

Turquie : le pouvoir de nuisance

Posted on 28 novembre 2015

Pourquoi diable Recep Tayyip Erdogan a-t-il choisi de faire abattre un bombardier russe le mardi 24 novembre dernier à la frontière turco-syrienne ? Parce qu’il est au désespoir, répond le quotidien britannique The Independant : « La Turquie n’a aucun intérêt à apporter au conflit syrien une solution pacifique que les puissance mondiales sont en train de chercher » écrit Ranj Alaaldin (1), un expert du Moyen-Orient attaché à la London School of Economics. « Sombrant de plus en plus dans le désespoir, elle tente d’attirer de nouveau l’attention sur le régime d’Assad et de compenser ainsi les échecs qu’elle a subis en Syrie et sur la scène géopolitique ». Une explication que Moscou doit partager, puisqu’elle est citée et reprise par le site russe Sputnik (2). « La décision d’abattre l’avion russe a donc vraisemblablement des raisons politiques – en particulier parce que l’avion, pour ce que nous en savons, ne posait aucune menace à la sécurité nationale turque ».

Grande coalition anti-terroriste : les doutes chinois

Posted on 25 novembre 2015

« Le président russe Vladimir Poutine a ordonné mardi que la Russie travaillerait avec l’armée française comme avec un allié pour mener des opérations coordonnées en Syrie. Le lundi, le président français François Hollande a clairement annoncé que Paris ferait équipe avec Washington et Moscou pour combattre l’Etat islamique. Il espère forger une alliance internationale pour écraser de concert le groupe terroriste. Une alliance temporaire peut émerger, une chance qui améliorera les relations entre la Russie et l’Ouest. Mais cela ne pourra pas être une coopération en profondeur ou durable » (1). L’analyse est celle d’un quotidien du parti communiste chinois, Global Times, publiée dans un éditorial : elle a donc un caractère très officiel.

Nommer notre ennemi, reprendre nos affaires en main

Posted on 18 novembre 2015

« A Versailles, François Hollande prend la mesure de l’épreuve historique » titre le Temps helvétique, ce 17 novembre. Epreuve ? Une organisation terroriste, émanation directe d’un proto Etat islamique installé sur les décombres de deux Etats faillis, l’Irak et la Syrie, a mené en France une opération destinée à faire le plus grand nombre de victimes possible parmi la population. Elle l’a fait en s’appuyant sur un certain nombre d’hommes de main de nationalité française, dans la continuité des attentats commis en France depuis 2012 (tueries de Toulouse et Montauban), et de ceux de janvier de cette année à Paris. Le nombre des victimes – au moins 129 morts et quelque 350 blessés – n’est pas définitif. Comme ne le sont pas les résultats de l’enquête policière, qui a identifié quelques-uns des hommes de main et travaille à reconstituer le groupe impliqué, (logistique y compris l’artificier, complices, commanditaires et financiers) sans aucun doute supérieur aux huit exécutants. Que le pays – qui a évité en janvier 2013 l’établissement au Mali d’un autre embryon de califat comparable (opération Serval), continue d’empêcher la déstabilisation du Sahel (opération Barkhane) ou soit allié dans l’opération Chammal en Irak – soit pris pour cible n’a en soi rien d’une surprise.

OTAN : l’acteur et les figurants (bis)

Posted on 14 novembre 2015

« Dans sa dernière parution, le journal ‘Internationale Politik’ publié par le German Council of Foreign Relations (DGAP) a ouvert un débat sur l’utilité de l’OTAN. ‘L’utilité, aujourd’hui’ de l’alliance militaire est ‘floue’, selon l’auteur de l’article, Justin Logan, directeur des études de politique étrangère au Cato Institute de Washington » (1) – un groupe de réflexion d’obédience libertarienne. Pendant que le site allemand German Foreign Policy rend compte des doutes sur la pertinence de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord d’un analyste chantre, comme libertarien, du principe de non agression, le site français de Stéphane Gaudin, Theatrum Belli, nous offre la réflexion d’une chercheuse, Hajnalka Vincze, sur ce que souhaite dans le même temps le commandement militaire américain de l’Organisation : « Peu évoqué en public, l’un des dossiers les plus déterminants pour l’avenir de l’OTAN concerne la proposition américaine qui souhaiterait que le Commandant suprême US soit investi de l’autorité de déployer, de son propre chef, les troupes de l’Alliance » (2).

Rencontre Obama Nétanyahou : je t’aime, moi non plus

Posted on 11 novembre 2015

Les deux hommes, qui ne se sont pas vus depuis treize mois, se sont entretenus dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, lundi 9 novembre. Certes, « ils ne vont pas tomber amoureux », confiait Zvi Rafiah, un ancien conseiller de l’ambassade israélienne à Washington au Times of Israël, mais M. Netanyahou « comprend tout à fait la portée de cette visite et la valeur des Etats-Unis » (1). Le Premier ministre israélien, qui restera aux Etats-Unis jusqu’au mercredi 11 novembre, et le président américain ont apparemment rangé les gants après l’échange belliqueux qui a marqué l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran sur le nucléaire, accord combattu sans succès par les Israéliens – et par le groupe de pression juif aux USA, l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee).

Le domaine maritime français : le soleil ne s’y couche jamais

Posted on 4 novembre 2015

C’est donc fait : la France avait déposé auprès de la Commission des limites du plateau continental des Nations Unies (CLPC), des demandes d’expansion pour onze zones de son espace maritime – le deuxième du monde après les USA, avant l’Australie et la Russie -, onze demandes en tout, nous en parlions ici en 2008 (1). Quatre aujourd’hui ont été acceptées, d’autres sont en cours de négociation : « La France vient d’étendre son domaine sous-marin de 579.000 km2 soit à peu près la superficie de l’hexagone. Quatre décrets publiés le 25 septembre 2015 au Journal Officiel fixent ainsi de nouvelles limites du plateau continental au large de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Nouvelle Calédonie et des îles Kerguelen. Cette extension accroît les droits de la France sur les ressources du sol et du sous-sol marins au-delà des 200 miles nautiques » (2).

Syrie : La bataille d’Alep pas la guerre de Troie

Posted on 21 octobre 2015

La ville d’Alep, au nord-ouest de la Syrie, non loin de la frontière turque, est sous les projecteurs des médias : appuyées par les Russes, les forces syriennes, aidées au sol par des Iraniens et des combattants du Hezbollah libanais, ont lancé une offensive destinée à reprendre la ville aux différentes factions qui en occupent la partie est. Nœud ferroviaire et routier, deuxième ville de Syrie après Damas avec 1,7 million d’habitants en 2009, la ville et sa province sont essentielles à l’intégrité du pays comme aux communications entre les différentes parties aujourd’hui hors contrôle gouvernemental (voir la carte). Quel aspect de cette bataille intéresse donc la presse ? Le journaliste David Greene (radio américaine NRP) interrogeait le 19 octobre un expert du Washington Institute for Near Est Policy, Andrew Tabler : « Si cette ville est stratégiquement aussi importante, voyons-nous ou allons-nous voir les Etats-Unis et d’autres puissances occidentales aider les groupes d’opposition à contre-attaquer et à tenir la ville, et cela veut-il dire qu’Alep devient, vous savez, une guerre par délégation entre grandes puissances ? ».

L’US Navy annoncée en Mer de Chine

Posted on 14 octobre 2015

Lors de leur conférence commune à Washington le 25 septembre dernier, le président chinois Xi Jinping et Barack Obama évoquaient, après un vaste tour d’horizon de ce que devait être leur coopération, la situation en Asie : « Nous avons eu une discussion approfondie de la situation en Asie Pacifique », disait Xi Jinping (1). « Et nous pensons que la Chine et les Etats-Unis ont d’importants intérêts communs dans la région, que nous devrions continuer d’approfondir dialogue et coopération en matière d’affaires régionales, de travailler ensemble à promouvoir activement une coopération réciproque et ouverte en Asie Pacifique, enfin de travailler avec les pays de la région à promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité ». Parfait, peut-on se dire, mais qu’en est-il des revendications chinoises en Mer de Chine méridionale, où s’affrontent, autour d’une centaine de cailloux inhabités et inhabitables, les intérêts des riverains (Taiwan, Malaisie, Brunei, Vietnam, Philippines) quand la région est traversée par l’une des grandes routes maritimes du monde, alimentant en particulier la Corée du Sud et le Japon via les détroits de Malacca et de la Sonde (voir les cartes) ?